La relation épargne - Investissement chez les Classiques et Keynes
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Biographies

 

 

L'objectif de la séquence est de confronter les élèves aux écrits de Keynes sur ce thème qui est un point central, très controversé de la Théorie Générale.

Il s'agit aussi de montrer en quoi la pensée keynésienne se démarque des approches classiques qui l'ont précédée.

On pourra commencer par une analyse fine des textes de Keynes qui ne sont pas très faciles pour des élèves de terminale.

On s'intéressera ensuite à l'interprétation qui peut être faite de l'égalité ou l'identité entre Investissement et Épargne.

On montrera en particulier en quoi c'est l'investissement qui est moteur chez Keynes, alors que c'est l'épargne chez les classiques et néo-classiques. On abordera ici le rôle du taux d'intérêt.

Il parait difficile d'aborder avec les élèves les controverses sur l'égalité ou l'identité de 1 et S, qui rejaillissent sur le processus d'égalisation. Bien que contestée par ceux qui postulent l'identité, on pourra se contenter de la présentation traditionnelle de l'Ecole suédoise à partir de mécanismes ex-ante et ex-post.

On pourra terminer par une approche plus empirique de la relation à travers son utilisation par la comptabilité nationale.

1) L'analyse des textes

Les documents 1 et 2 extraits de la "Théorie générale" permettent de bien mettre en évidence les propositions de Keynes.

Le document 1 présente nettement l'égalité entre l'épargne et l'investissement dans la pensée de Keynes. Il parait souhaitable de donner aux élèves quelques définitions de Keynes : revenu, coût d'usage,... Les pages précédentes du chapitre 6 fournissent ces termes mais leur lecture est ardue (1)

Dans le document 2 Keynes fournit un certain nombre d'arguments à opposer à ceux qui nient l'identité.

On peut se contenter d'étudier le texte 1 et n'aborder le 2 que pour des approfondissements.

2) L'interprétation de I = S

Deux aspects différents peuvent être abordés ici

- l'opposition avec les classiques et les néoclassiques

- les controverses entre keynésiens

L'opposition avec les classiques porte sur le sens de la relation. Pour eux

S-->I, alors que pour Keynes on a I-->S. Sur ce point les classiques et les néo-classiques divergent.

Pour les classiques on est en présence d'une identité plus que d'une égalité. Il n'y a pas de mécanisme d'ajustement de l'épargne à l'investissement mais l'épargne implique toujours un investissement. Le document 3 présente cette approche et sous-entend déjà la loi de Say dans la formulation "ce qui est annuellement épargné est aussi régulièrement consommé que ce qui est annuellement dépensé, et il l'est aussi presque dans le même temps, mais il est consommé par une autre classe de gens. "

Pour les néoclassiques, c'est le taux d'intérêt qui sert de variable d'ajustement à l'épargne et l'investissement à travers un marché des fonds prêtables, Cette vision est très largement critiquée par Keynes dans son étude des taux d'intérêt. (document 4)

Les controverses entre keynésiens sont aussi importantes. Elles ne portent pas sur le sens de la relation, c'est-à-dire que I-->S, mais sur l'égalité ou l'identité entre I et S.

Si l'on raisonne en terme d'égalité, cela signifie que l'on admet l'existence possible de déséquilibres et que des mécanismes de retour à l'équilibre existent.

Si l'on raisonne en terme d'identité, on postule qu'investissement et épargne sont toujours égaux à tout moment.

La première présentation est celle que l'on trouve dans tous les manuels traditionnels de microéconomie. Elle suppose, à la suite de l'Ecole suédoise (Gunnar Myrdal), qu'il existe un investissement et une épargne ex ante, qui ne sont pas nécessairement égaux. Par contre l'investissement et l'épargne ex post seront toujours égaux. Le mécanisme permettant l'égalisation est le multiplicateur. L'investissement génère une épargne qui lui est équivalente.

L'égalité entre l'investissement et l'épargne ne découle pas du rôle de l'intérêt, mais du revenu.

La seconde présentation est soutenue par des économistes contemporains et affirme, en s'appuyant sur les écrits de Keynes que l'on est en présence d'une identité. A tout moment l'épargne et l'investissement sont égaux car ce ne sont que deux faces d'une même réalité. (2)

3) L'approche par la comptabilité nationale

On peut utiliser ce thème pour montrer comment la comptabilité nationale a intégré l'idée d'égalité entre épargne et investissement.

On pourra élargir à la formulation de l'équilibre I = S en économie ouverte, avec intervention de l'Etat...

On pourra replacer le problème de l'égalité dans le contexte de la politique économique. Après avoir connu une période de retour à la tradition libérale, mettant en avant l'importance de l'épargne, de la restauration des profits des entreprises.... on assiste aujourd'hui à une inversion du discours portant de nouveau l'accent sur le rôle de l'investissement. 3

Travail préparatoire à l'étude de la relation épargne - Investissement

Document 1

Définir les termes suivants:

Dépense pour la consommation

Épargne, épargne nette

Investissement

Par quels arguments Keynes justifie-t-il l'égalité de l'épargne et de l'investissement ?

Document 2

Quels sont les arguments que Keynes oppose à ceux qui nient l'égalité de l'épargne et de l'investissement ?

Document 3

Quel est le rôle de l'épargne pour Adam Smith ?

Quel sens peut-on donner à la phrase : "Ce qui est annuellement épargné est aussi régulièrement consommé que ce qui est annuellement dépensé, et il l'est aussi presque dans le même temps, mais il est consommé par une autre classe de gens. ?

En quoi la vision de Smith de l'épargne s'oppose-t-elle à celle de Keynes ?

Document 4

Quel est le rôle du taux d'intérêt pour les Classiques ? Pour Keynes ?

En quoi le taux d'intérêt est-il important pour égaliser l'épargne et l'investissement chez les Classiques ?

Quel est le mécanisme d'ajustement qui joue ce rôle chez Keynes ?

Documents utilisables pour le thème : la relation épargne - Investissement chez les Classiques et Keynes

Document 1

"Dans le tourbillon des acceptions divergentes, il est agréable de découvrir un point fixe. Autant que nous sachions, personne de conteste que l'épargne soit l'excès du revenu sur la dépense pour la consommation. Les seules hésitations possibles au sujet de la signification du mot épargne sont donc celles qui ont pour origine soit le sens du mot revenu soit le sens du mot consommation. Nous avons déjà défini le revenu. Quant à la dépense pour la consommation pendant une période quelconque, elle ne peut être que la valeur des biens vendus aux consommateurs pendant cette période, ce qui nous ramène à la question de savoir ce qu'il faut entendre par acheteur pour la consommation. Toute définition raisonnable de la ligne qui sépare l'acheteur pour la consommation de l'acheteur pour l'investissement nous rendra les mêmes services pourvu qu'elle soit appliquée d'une façon cohérente. On a souvent discuté le type de problème que ceci peut poser, celui par exemple de savoir si il est légitime de considérer l'achat d'une automobile comme un achat pour la consommation et l'achat d'une maison comme un achat pour l'investissement. Nous n'avons aucune contribution importante à apporter à ce débat. Le critère doit évidemment correspondre au point où nous avons tracé la ligne de séparation entre le consommateur et l'entrepreneur. Ainsi quand en définissant A1 nous avons dit que cette quantité était la valeur de ce qu'un entrepreneur achetait à un autre entrepreneur, nous avons implicitement résolu le problème. Il s'ensuit que la dépense pour la consommation peut être définie sans ambiguïté , où représente le total des ventes faites pendant la période et le total des ventes faites par un entrepreneur à un autre entrepreneur. Dans les pages qui suivent il sera généralement commode d'omettre " et de désigner par A les ventes globales de toute espèce, par AI les ventes globales que les entrepreneurs se font entre eux et par U les coûts d'usage globaux des entrepreneurs.

Le revenu et la consommation se trouvant maintenant définis, la définition de l'épargne, qui est l'excès du revenu sur la consommation, se déduit naturellement de leurs définitions. Puisque le revenu est égal à A - U et la consommation à A - A1, il s'ensuit que l'épargne est égale à AI- U. De même, l'épargne nette, qui est l'excès du revenu net sur la consommation, est égale à AI - U - V.

Notre définition du revenu conduit immédiatement à celle de l'investissement courant. Cette quantité ne peut être en effet que l'addition à la valeur de l'équipement résultant de l'activité productrice de la période. Il est clair qu'elle est égale à ce qui vient d'être défini sous le nom d'épargne. Car elle représente la partie du revenu de la période qui n'a pas été absorbée par la consommation. Comme nous l'avons vu précédemment, le résultat des opérations productives d'une période quelconque est que les entrepreneurs, compte tenu des achats AI qu'ils se font mutuellement, arrivent à la fin de la période en ayant vendu des produits finis d'une valeur A et en conservant un équipement en capital auquel la production et la vente de A ont causé une détérioration mesurée par U (ou une amélioration mesurée par -U lorsque U est négatif). Durant la même période des produits finis ayant une valeur A - AI ont été absorbés pour la consommation. L'excès de A - U sur A - AI, c'est-à-dire AI - U, est donc l'addition à l'équipement en capital qui résulte des activités productrices de la période , il constitue par conséquent l'investissement de la période. De même AI- U - V, c'est-à-dire l'addition nette à la valeur de l'équipement, une fois déduite la dépréciation normale qui ne résulte ni de sa participation à la production ni des changements imprévisibles de valeur imputables au compte capital, est l'investissement net de la période.

Ainsi, bien que le montant de l'épargne résulte du comportement collectif des consommateurs individuels et le montant de l'investissement du comportement collectif des entrepreneurs individuels, ces deux montants sont nécessairement égaux puisque chacun d'eux est égal à l'excès du revenu sur la consommation. Et cette conclusion n'est aucunement subordonnée à quelque subtilité ou particularité de la définition du revenu donnée plus haut. Si on admet que le revenu est égal à la valeur de la production courante, que l'investissement courant est égal à la partie de la production courante qui n'est pas consommée et que l'épargne est égale à l'excès de revenu sur la consommation, toutes choses conformes à la fois au bon sens et à l'usage traditionnel de la grande majorité des économistes, l'égalité de l'épargne et de l'investissement en découle nécessairement. En résumé :

Revenu = Valeur de la production = consommation + investissement

Épargne = revenu - consommation

Donc , Epargne = investissement

Ainsi tout système de définitions qui satisfait aux conditions précédentes conduit à la même conclusion. Il faudrait contester l'exactitude de l'une ou l'autre d'entre elles pour avoir le droit d'écarter la conclusion.

L'équivalence de la quantité d'épargne et de la quantité d'investissement découle du caractère bilatéral des transactions entre le producteur d'une part et le consommateur ou l'acheteur d'équipement d'autre part. Le revenu est créé par l'excès sur le coût d'usage de la valeur que le producteur obtient pour la production qu'il a vendue , mais la totalité de cette production doit évidemment avoir été vendue soit à un consommateur soit à un autre entrepreneur ; et d'autre part l'investissement courant de chaque entrepreneur est égal à l'excès sur son propre coût d'usage de l'équipement qu'il a acheté à d'autres entrepreneurs. Par suite, dans la communauté entière, l'excès du revenu sur la consommation que nous appelons épargne ne peut différer de l'addition à l'équipement que nous appelons investissement. Et il en va de même de l'épargne nette et de l'investissement net. L'épargne n'est en réalité qu'un reliquat. Les décisions de consommer et les décisions d'investir déterminent conjointement les revenus. Dès lors que les décisions d'investir se réalisent, il est obligatoire qu'en se réalisant elles restreignent la consommation ou accroissent le revenu. Ainsi l'acte d'investissement considéré en soi ne peut pas ne pas déterminer dans ce reliquat ou cette marge que nous appelons l'épargne un accroissement d'un montant égal.

Il peut arriver, à la vérité, que les individus soient si obstinés dans leurs décisions relatives aux sommes qu'ils voudraient chacun respectivement épargner et investir qu'il n'y ait pas de prix d'équilibre où les transactions puissent se conclure. Dans ce cas nos propositions cesseraient d'être valables, puisque la production n'aurait plus de valeur de marché définie, et les prix ne trouveraient pas de position d'équilibre entre zéro et l'infini. Toutefois l'expérience prouve qu'en fait il n'en est pas ainsi et qu'il existe des habitudes ou des réactions psychologiques permettant d'atteindre un équilibre où le désir d'acheter est égal au désir de vendre. Qu'il puisse exister une chose telle que la valeur de marché de la production, c'est à la fois une condition nécessaire pour que le revenu nominal ait une valeur définie et une condition suffisante pour que le total des sommes que les épargnants décident individuellement d'épargner soit égal au total des sommes que les auteurs d'investissement décident individuellement d'investir.

Peut-être arrive-t-on à des idées plus claires en cette matière lorsqu'on raisonne en considérant les décisions de consommer (ou de s'abstenir de consommer) plutôt que celles d'épargner. Une décision de consommer ou de ne pas consommer relève véritablement du pouvoir de l'individu, et il en va de même d'une décision d'investir ou de ne pas investir. Les montants du revenu global et de l'épargne globale sont les résultats du libre choix des individus de consommer ou de ne pas consommer et de leur libre choix d'investir ou de ne pas investir, mais aucun de ces deux montants globaux de saurait prendre une valeur autonome, résultant d'un groupe séparé de décisions prises indépendamment de celles qui concernent la consommation et l'investissement. Conformément à ce principe nous substituerons dans la suite de cet ouvrage le concept de propension à consommer à celui de propension ou disposition à épargner.(4)

Document 2

La prédominance de l'idée que l'épargne et l'investissement, pris dans leurs sens ordinaires, peuvent différer l'un de l'autre, doit être attribuée, selon nous, à une illusion d'optique consistant à regarder la relation de chaque déposant avec sa banque comme une transaction unilatérale au lieu d'y voir la transaction bilatérale qu'elle est en réalité. On se figure, qu'un déposant et sa banque peuvent s'arranger d'une façon ou d'une autre pour accomplir une opération faisant disparaître l'épargne dans le système bancaire, de sorte qu'elle soit perdue pour l'investissement, ou à l'inverse que le système bancaire peut rendre possible la réalisation d'un investissement auquel aucune épargne ne corresponde. Mais personne ne peut épargner sans faire un acquêt de forme quelconque, argent liquide, créance ou biens capitaux, et pour qu'une personne puisse ajouter un avoir a son patrimoine, il faut ou qu'un avoir nouveau de valeur égale soit créé ou qu'une autre personne

Accède un avoir de même valeur qu'elle possédait antérieurement. Dans le premier cas il y a un investissement nouveau correspondant ; dans le second cas il faut que l'autre personne ait "désépargné" une somme égale. En effet, la perte de richesse subie par la seconde personne provient nécessairement &un excès de sa consommation sur son revenu, et non d'une perte au compte capital résultant d'une baisse de valeur de ses avoirs, car il n'est aucunement question ici d'une perte sur la valeur antérieure de son avoir , elle reçoit dûment la valeur courante de son avoir et cependant ne la conserve en richesse d'aucune sorte , il est donc nécessaire qu'elle dépense cette valeur pour faire face à une consommation courante excédant son revenu courant. En particulier si c'est le système bancaire qui cède un actif, il faut que quelqu'un se dessaisisse &argent liquide. Par suite, lorsqu'on additionne l'épargne de la première personne considérée et celle de toutes les autres personnes, le montant global obtenu doit nécessairement être égal, pendant la période courante, au montant de l'investissement nouveau.

Quant à l'idée que la création de crédit par le système bancaire permet de réaliser des investissements auxquels "aucune épargne véritable" ne correspond, elle procède uniquement du fait que l'on isole une des conséquences de l'augmentation du crédit bancaire en excluant les autres. Si l'octroi à un entrepreneur d'un crédit bancaire en addition des crédits déjà existants lui permet d'effectuer un supplément d'investissement courant qui n'aurait pas été réalisé sans cela, les revenus augmenteront nécessairement, et dans une mesure qui normalement dépassera celle de l'investissement supplémentaire. En outre, sauf dans une situation de plein emploi, le revenu réel aussi bien que le revenu nominal augmenteront. Le public choisira en toute liberté la proportion selon laquelle il répartira son supplément de revenu entre l'épargne et la dépense, et il est impossible que l'entrepreneur qui a emprunté dans l'intention d'accroître son investissement réalise son intention (si ce n'est dans la mesure où son investissement en remplace un autre qui sans cela eût été fait par un autre entrepreneur) à une cadence plus rapide que celle à laquelle le public décide d'accroître ses épargnes. Au surplus l'épargne qui résulte de la décision de l'entrepreneur est une épargne véritable tout autant que n'importe quelle autre. On ne peut forcer personne à rester en possession de la monnaie additionnelle correspondant au crédit bancaire nouveau , il faut que quelqu'un préfère, pour certaines raisons, conserver un supplément de monnaie plutôt qu'une autre forme de richesse. Cependant l'emploi, les revenus et les prix sont obligés de varier de manière que dans la situation nouvelle quelqu'un consente à conserver la monnaie additionnelle. Il est exact qu'une augmentation imprévue de l'investissement dans un secteur particulier peut causer dans le montant globale de l'épargne et de l'investissement une perturbation qui ne se serait pas produite si l'augmentation avait été prévue à l'avance. Il est exact également que l'octroi du crédit bancaire suscite trois tendances : l' le volume de la production tend à augmenter , 2' la valeur de la production marginale exprimée en unités de salaire tend à croître (circonstance qui accompagne nécessairement l'augmentation de la production lorsque les rendements sont décroissants) , 30 le montant nominal de l'unité de salaire tend à s'élever (effet qui accompagne souvent l'amélioration de l'emploi) , et la répartition du revenu réel entre les divers groupes d'individus peut être affectée par ces tendances. Mais lesdites tendances sont les caractéristiques propres d'une situation où le volume de la production augmente , elles se manifestent tout autant lorsque l'augmentation de la production procède d'une origine autre que l'extension du crédit bancaire. La seule façon de les éviter est d'écarter tout ordre de mesures propres à améliorer l'emploi. La majeure partie de ce qui précède anticipe d'ailleurs le résultat d'analyses que nous n'avons pas encore développées.

Ainsi l'idée ancienne que l'épargne implique toujours un investissement, tout incomplète et trompeuse qu'elle fût, est formellement plus juste que l'idée moderne qu'il peut y avoir épargne sans investissement ou investissement sans épargne "véritable". L'erreur apparaît au moment où l'on procède à la déduction plausible, que lorsqu'un individu épargne, il augmente à due concurrence l'investissement global. Il est exact qu'un individu, lorsqu'il épargne, augmente sa propre richesse. Mais conclure qu'il augmente aussi la richesse globale c'est méconnaître les réactions possibles de l'acte d'épargne d'un individu sur les épargnes et partant sur la richesse des autres.

Comment l'identité de l'épargne et de l'investissement se concilie-t-elle avec la "liberté" dont jouit chaque individu d'épargner ce qui lui plaît sans tenir compte de ce que lui-même ou les autres peuvent investir ? L'explication réside essentiellement dans le fait que l'épargne, comme la dépense, est à double face. Bien que le montant de l'épargne &un individu ait peu de chances &avoir une influence sensible sur son propre revenu, les réactions exercées par le montant de sa consommation sur les revenus des autres font qu'il est impossible à tous les individus pris à la fois &épargner une somme donnée d'un montant quelconque. Toute tentative de cette nature qui vise à augmenter l'épargne en diminuant la consommation agit sur les revenus de telle sorte qu'elle se neutralise nécessairement elle-même. Bien entendu, il est tout aussi impossible à la communauté d'épargner moins que le montant de l'investissement courant, car une tentative de cet ordre fait nécessairement monter les revenus jusqu!à un niveau où les sommes que les individus décident d'épargner atteignent un montant exactement égal à celui de l'investissement.

Il y a une étroite analogie entre ce qui précède et la proposition selon laquelle la liberté appartenant à chaque individu de faire varier, quand il lui plaît, la somme de monnaie qu'il détient, se concilie avec la nécessité pour le montant total de monnaie auquel se monte la somme des encaisses individuelles, d'être exactement égal au montant de la monnaie que le système bancaire a créé. Dans ce dernier cas l'égalité résulte du fait que le montant de monnaie que chacun décide de conserver n'est pas indépendant de son revenu ou du prix des choses (des obligations notamment) entre l'achat desquelles et la conservation de monnaie il a normalement le choix. Les revenus ainsi que les prix de ces choses varient donc obligatoirement jusqu'à ce que l'égalité s'établisse entre d'une part les sommes globales de monnaie que, sur la nouvelle base des revenus et des prix, les individus désirent conserver et de l'autre le montant de la monnaie créée par le système bancaire. Ceci constitue, à vrai dire, la proposition fondamentale de la théorie monétaire.

Ces propositions découlent l'une de l'autre du fait qu'il ne peut y avoir un acheteur sans un vendeur ni un vendeur sans une acheteur. Si un individu dont les transactions ont peu &importance par rapport au marché peut à juste titre négliger le fait que sa demande n'est pas une transaction unilatérale, ce serait un non-sens de négliger ce fait lorsqu'on considère la demande globale. Telle est la différence capitale entre la théorie du comportement économique de la communauté et celle du comportement de l'unité individuelle, où l'on suppose que les variations de la demande propre de l'individu ne modifient pas son revenu." (5)

Document 3

Tout ce qu'une personne épargne sur son revenu, elle l'ajoute à son capital ; alors, ou elle l'emploie elle-même à entretenir un nombre additionnel de gens productifs, ou elle met quelque autre personne en état de le faire, en lui prêtant ce capital moyennant un intérêt, c'est-à-dire une part dans les profits. De même que le capital d'un individu ne peut s'augmenter que par le fonds que cet individu épargne sur son revenu annuel ou sur ses gains annuels, de même le capital dune société, lequel West autre chose que celui de tous les individus qui la composent, ne peut s'augmenter que par la même voie.

La cause immédiate de l'augmentation du capital, c'est l'économie, et non l'industrie (6). A la vérité, l'industrie fournit la matière des épargnes que fait l'économie , mais,

quelques gains que fasse l'industrie, sans l'économie qui les épargne et les amasse, le capital ne serait jamais plus grand.

L'économie, en augmentant le fonds destiné à l'entretien des salariés productifs, tend à augmenter le nombre de ces salariés, dont le travail ajoute à la valeur du sujet auquel il est appliqué , elle tend donc à augmenter la valeur échangeable du produit annuel de la terre et du travail du pays - elle met en activité une quantité additionnelle d'industrie, qui donne un accroissement de valeur au produit annuel.

Ce qui est annuellement épargné est aussi régulièrement consommé que ce qui est annuellement dépensé, et il l'est aussi presque dans le même temps, mais il est consommé par une autre classe de gens, Cette portion de son revenu qu'un homme riche dépense annuellement , est le plus souvent consommée par des bouches inutiles et par des domestiques, qui ne laissent rien après eux en retour de leur consommation. La portion qu'il épargne annuellement, quand il l'emploie immédiatement en capital pour en tirer un profit, est consommée de même et presque en même temps que l'autre, mais elle l'est par une classe de gens différente, par des ouvriers, des fabricants et artisans qui reproduisent avec profit la valeur de leur consommation annuelle. Supposons que le revenu de cet homme riche lui soit payé en argent. S'il l'eût dépensé en entier, tout ce que ce revenu aurait pu acheter en vivre, vêtements et logements, aurait été distribué parmi la première de ces deux classes de gens. S'il en épargne une partie, et que cette partie soit immédiatement employée comme capital, soit par lui même, soir par quelque autre, alors ce qu'on achètera avec en vivre, vêtements et logement, sera nécessairement réservé pour l'autre classe. La consommation est la même, mais les consommateurs sont différents." (7)

Document 4

"Il est clair toutefois que pour la tradition classique le taux de l'intérêt est le facteur qui amène à s'équilibrer la demande d'investissement et le consentement à épargner. L'investissement représente la demande de ressources à investir, l'épargne représente l'offre, et le taux de l'intérêt est le "prix" des ressources à investir qui rend ces deux quantités égales".(8)

"Ainsi le taux de l'intérêt à tout moment, étant la récompense pour renoncer à la liquidité, mesure la répugnance des personnes qui possèdent la monnaie à renoncer à leur pouvoir inconditionnel d'en posséder. Le taux de l'intérêt West pas le "prix" qui amène à s'équilibrer la demande de ressources à investir et le consentement à s'abstenir de consommations immédiates." (9)

1 On pourra trouver une présentation synthétique des définitions dans "L'économie keynésienne: un projet radical" de Orio et Quilès, Nathan 1993, collection Circa

2 On pourra se référer ici au livre de Lucien Orio et Jean- José Quilès, op cité

3 cf Ecoflash N' 78, avril 1993, Epargne et investissement.

4 Keynes, Théorie générale de l'emploi de l'intérêt et de la monnaie, Bibliothèque scientifique Payot, Livre 11, chapitre 6, p 95-89

5 Keynes, Théorie générale de l'emploi de l'intérêt et de la monnaie, Bibliothèque scientifique Payot, Livre 11, chapitre 7 p 104-108

6 Le mot anglais industry, traduit ici par industrie, n'a pas toujours ce sens. Il peut signifier application, assiduité au travail...

7 Adam Smith, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, Livre 11, chapitre 3, Gallimard 1976, p 167-168

8 Keynes Théorie générale de l'emploi de l'intérêt et de la monnaie, Bibliothèque scientifique Payot, Livre 4 chapitre 14 : La théorie classique du taux de l'intérêt p 188

9 Keynes, Théorie générale de l'emploi de l'intérêt et de la monnaie, Bibliothèque scientifique Payot, chapitre 13 : La théorie générale du taux de l'intérêt p 181

 

 

 

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