Né 21 avril 1864 a Erfurt en THuringe, Max Weber ne vit qu'en spectateur les dernières années de la Confédération germanique issue du Congrès de Vienne. En effet de l'Europe de Metternich à celle de Bismarck la lente affirmation de la suprématie prussienne - suprématie qui culmine avec le conflit austro-prussien de 1866 puis la défaite française de 1870 - se révèle indissociable de celle de l'unité allemande. Si Max Weber ne connaît ni les espoirs ni les angoisses des partisans de l'unification, Son père - Max Weber senior - ne peut les ignorer. Descendant d'une lign6e d'industriels protestants de Bielefeld =Westphalie, Max Weber senior est représentatif d'une certaine bourgeoisie prussienne de l'époque. Marié à Hélène Fallenstein, il entreprend très tôt une carrière politique: stadtrat de Berlin puis député à la chambre prussienne, à siège enfin comme député de la fraction nationale-libérale au Reichstag. Fervent partisan de Guillaume 1er il se méfie de l'autoritarisme de Bismarck mais il se rallie à sa politique au lendemain de ses succès contre l'Autriche. Aîné d'une famille de sept enfants, Max Weber junior est élevé dans ce milieu aisé et cultivé, nourri de la ferveur de cm années de construction nationale. Enfant, il se passionne pour la lecture des auteurs anciens et modernes qu'il découvre dam la bibliothèque de son père et assiste avec intérêt aux discussions de celui-ci avec quelques-uns des plus brillants intellectuels de l'époque qui fréquentent sa maison : T.Mommsen, W. Dilthey. H. Treitschke... Après des études secondaires à Berlin, Max Weber passe son Habitur en 1882 et entreprend des études à l'Université d'Heidelberg. Alors le de 18 ans et quittant le milieu familial pour la première fois, Weber consacre l'essentiel de son temps à l'étude du droit, de l'économie politique de l'histoire et de la philosophie. Il suit entre autres, les cours de K. Knies et de K. Fisher et découvre les oeuvres de L. Ranke et de G. Schmoller. En 1883, délaissant volontairement ses études pour son service militaire il passe une année à Strasbourg où il se lie d'amitié pour son oncle l'historien ILBaumgarten. De retour tour de Strasbourg, Weber entre. à l'Université de Berlin 1884 pour poursuivre ses études. S'il s'inscrit aux cours des historiens T.Mommsen et –H. Treitschke, du juriste Gierke et de l'économiste Goldschmitt il préfère très rapidement l’isolement de sa chambre d'étude aux amphithéâtres où se bousculent des étudiants qu'il n'apprécie guère Dam une correspondance à Baumgarten il décrit su congénères comme « blasés » et « antisémites par convenance, sinon rien; beaucoup d'idéalistes entraînés par Treitschke dans une sorte de fanatisme national mystique, d'autres qui n'ont assimilé que la morgue présumée snob et le réalisme de la nouvelle école... » Quittant l'Université de Berlin pour celle de Göttingen, Weber soutient à 1 'âge de 25 ans sa thèse de doctorat consacrée à l'histoire des sociétés commerciales au moyen âge et achève, deux ans plus tard, son 6crit d'habilitation. Privatdozent à l'université de Berlin dès 1892, Weber enseigne le droit commercial et est très rapidement remarqué par ses pairs. D'une étude sur la situation des ouvriers agricoles qu'il publie en 189Z l'un des spécialistes de l'économie agraire de l'époque écrit : « (...) Cette oeuvre éveille en moi avant tout le sentiment que le temps de notre savoir est dépassé et qu'il faut tout reprendre au départ ». Suite à la maladie du professeur GoIdschmitt. Weber est amené à assumer la fonction de titulaire de chaire pendant quelques mois et obtient en 1893 un poste de professeur de droit commercial; il se marie cette même année avec Marianne Schnitger. Deux ans plus tard, 0 est nommé à la chaire d'économie politique de l'Université de Fribourg où il retrouve d'anciens amis devenus professeurs - tel H. Rickert -et succède, en 1896, à son ancien maître - K. Knies - à l'Université de Heidelberg. Bien que foncièrement Max Weber est également attiré par la politique. Membre depuis 1888 de la Verein für socialpolitik dirigée par les - socialistes de la chaire » et participant activement au congrès du mouvement progressiste des chrétiens sociaux animé par son ami F.Naumann. Weber considère l'intervention étatique dans le domaine social comme une nécessité pour assurer la force de la nation allemande Fervent nationaliste, il adhère en 1893 à la fédération pangermaniste qu'il quittera définitivement en 1899 en raison de son opposition à l'idéologie raciste et impérialiste stérile " prônée par la fédération. Les armées 1898-1903 représentent une période charnière dam la vie de Max Weber. Obligé d'interrompre sa carrière universitaire en raison d'une profonde dépression nerveuse, Weber passe quelques mois dans un summum et voyage dans divers pays d'Europe pour tenter de se rétablir. S'il annonce une première fois la reprise de ses cours en 1901, il est obligé de l'ajourner et doit renoncer définitivement à son poste en 1903. Plus profondément cette période marquée par la maladie puis la convalescence correspond à une « réorientation dans la continuité » de la pensée wébérienne. Doté d'une « seconde innocence » comme disait Nietzsche, Weber convalescent s'initie à la philosophie, à l'épistémologie et à len Allemagne, il fait paraître une étude qui lui assure très rapidement la célébrité : L'Éthique protestante et l'esprit du capitalisme. Reconnu comme un penseur importance sa maison - à l'image de celle de son enfance -devient rapidement un centre intellectuel où se rencontrent des personnalités tacs que G. Simmel, W. Sombart, K. Jaspers, G Lukacs, E. Troeltsch Menant une vie active constamment interrompue pu la maladie Weber se livre alors à diverses recherches de sociologie empirique puis . dans le cadre d'un ouvrage collectif consacré aux fondements de l'économie sociale, entreprend en 1909 son oeuvre majeure qui demeurera inachevée : Économie et société. En 1910, il participe avec G. Simmel, et F; Tönnies à la fondation de la Société Allemande de sociologie dont il quitte le comité directeur deux ans plus tard, suite à une querelle théorique qui l'oppose aux autres membres du comité. Observateur critique de Guillaume Il et de sa politique - qu'il considère « politique de polichinelle » - également fervent nationaliste Weber demande son incorporation dans l'armée allemande dès le début de la première guerre mondiale. En 1915, à prend en charge l'administration des hôpitaux de réserve de Heidelberg mais se lasse très rapidement de cette tâche d'" arrière front " Libéré sur sa demande un an plus tard, à se remet au travail tout en tentant d'intervenir au niveau politique pour obtenir des pourparlers de paix avec l’Angleterre. ; intervention sans succès aucun. Entre 1916 et 1917, il publie les deux premiers volumes de sa « Sociologie de la religion », une étude consacrée au sens de la neutralisé axiologique dans les sciences sociologiques et économiques et s'engage plu avant dans la politique en faisant paraître divers articles hostiles au gouvernement. Début 1918, il se rend à Vienne pour une série de conférences, demande l'abdication de Guillaume II tout refusant de se laisser assimiler aux pacifistes et adhère au Parti démocratique allemand. L'armistice signée, il part pour Munich en 1919 et tient devant, les « Étudiants libres» deux conférences consacrées à la Science et à la politique « comme vocation » puis obtient de participer, comme conseiller à la délégation allemande à la conférence de paix de Versailles ainsi qu'à la rédaction de la constitution de Weimar. Profondément meurtri par les conditions imposées à l'Allemagne par le Traité de Versailles, Weber se détourne de la politique pour une chaire de sociologie fraîchement créée par lL'Université de Munich. Cependant ayant à peine repris ses cours et après une succession de deuils familiaux il est terrassé par une pneumonie - Max Weber meurt à Munich, le 14 juin 1920. M. Dubois : " Les fondateurs de la pensée sociologique" Ellipses 1993
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